Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles… La fusion des dix communes de la Riviera n’est plus considérée comme une vague idée de doux idéalistes. Le scepticisme affiché encore par quelques politiciens commence à s’estomper comme par enchantement. Le rapport de la Conférence des conseillers communaux de la Riviera (CCR) qui prône la fusion a été bien accueilli et n’a pas suscité publiquement d’échos négatifs. Un récent sondage révélant qu’une majorité de la population de la Riviera se montre déjà en faveur de la fusion a permis d’éclaircir l’horizon. On entre aujourd’hui dans le vif du sujet. Un préavis en vue du financement d’une étude de faisabilité va être soumis aux Conseils communaux. On envisage déjà une votation populaire en 2014 ou 2015. La voie vers la fusion quitte le domaine de la spéculation.
Tout semble donc aller pour le mieux… Mais l’histoire nous enseigne que même le meilleur des projets possibles n’est pas à l’abri de critiques. S’il s’agit de doutes sur le principe même de la fusion et de ses conséquences, il n’y a rien de plus normal dans le débat démocratique. Mais, comme les arguments négatifs ne sont pas aisés à développer, il y a risque que les adversaires du projet cherchent à le miner non frontalement mais de manière détournée, collatérale.
C’est ainsi qu’on entend déjà dire de-ci, de-là, qu’il ne faut pas aller trop vite, ne pas envisager une fusion à dix tout de suite, prévoir d’abord plutôt des fusions partielles à trois, à cinq ou selon un autre schéma. Ce serait bien sûr une grave erreur puisqu’une fusion incomplète aura pour conséquence de maintenir un important niveau intermédiaire des collaborations intercommunales, une des raisons majeures qui pousse au regroupement des communes.
D’autres, encore plus timorés, tentent de se persuader qu’il est encore possible de maintenir en vie le système. C’est ainsi qu’à Montreux, le Conseil a accepté la prise en considération d’un postulat visant à un regroupement des organismes intercommunaux dans une, deux ou trois associations à buts multiples. Cette solution, qu’on trouve déjà en partie en vigueur dans le SIGE, a été examinée sans a priori par la CCR ; elle l’a finalement abandonnée parce qu’elle n’amène surtout que des améliorations d’organigrammes sans intervenir sur le fond du problème. L’amélioration proposée du côté de Montreux paraît donc être de l’ordre des soins palliatifs. D’ailleurs, conscient du bien-fondé relatif de son postulat, son auteur admet qu’il pourrait être une étape utile d’apprentissage dans la marche vers le grand rassemblement des entités communales.
Toutes ces bonnes intentions mi-figue, mi-raison, dans la tradition bien helvétique de ne pas oser faire le dernier pas, sont un véritable danger pour le projet de fusion des dix communes. Car elles détournent le débat du le fond de la question. On risque alors fort de se perdre dans des chemins de traverse en oubliant l’essentiel du projet. D’aucuns, qui craignent d’assumer pour des raisons plus ou moins valables ou inavouables les conséquences d’une fusion, ont tout intérêt à saper le projet avec des interventions indirectes. Ils espèrent ainsi noyer le poisson pour couler en douce le projet.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles… oui forcément…. mais pour autant que les citoyens fassent attention au travail de sape mené contre la nécessaire mise à jour du découpage de communes datant essentiellement de 1848 et qui ne correspond en rien à la vie vécue aujourd’hui par les habitants de la Riviera.
CANDIDE